
"Telle qu’elle me paraît engagée en vue des rendez-vous de fin 2007 puis 2008, la discussion sur le problème capital qui nous préoccupe tous nous confronte à un dilemme de caractère, je le crains, très fallacieux.
D’un côté, pour le dire succinctement, l’évidence semble bien être que le communisme est mort. Mort comme système social avec l’implosion de l’Union soviétique ; mort comme force politique avec l’irrémédiable 1,93% de l’élection présidentielle ; mort comme proposition intellectuelle avec un effacement public de Marx dont je ne sais si nous mesurons la profondeur, masqué qu’il nous est par un travail de recherche vivace mais confidentiel. Cet état de fait nourrit une conviction susceptible d’être déclinée de diverses façons politiques mais qui toutes optent au fond pour un premier terme de l’alternative : il faut renoncer au communisme.
D’un autre côté, cette supposée évidence est en tout point contestée. Où prend-on que l’implosion de l’URSS sonnerait le glas d’un socialisme foncièrement repensé à partir des rudes leçons d’hier, quand le capitalisme court à l’abîme? Que le très mauvais résultat du parti à la présidentielle annulerait les forces qu’il conserve et le dynamisme qui l’anime? Que le silence médiatique sur les fondamentales vues de Marx ôterait sa pertinence au message du Manifeste? Il y a énormément à réexaminer, à réinventer, à réengager, nul n’en doute, mais le cap vaut plus que jamais, donc l’instrument historique qui fait corps avec lui. Conséquence : il faut garder le parti communiste.
Si tel est bien le dilemme à affronter – avec du vrai des deux côtés, mais dans des perspectives inconciliables –, mieux vaut ne pas se leurrer : il n’a d’issue prévisible que dans une séparation de corps entre les uns et les autres. La dialectique n’efface pas les « ou bien..., ou bien... » de l’histoire. Et la logique de l’émiettement de ce qui fut le communisme français peut aller encore au-dessous de 1,93%.
Mais est-ce le bon dilemme? Je le conteste pour une double raison. La première est qu’il tourne tout entier autour du communisme – mot et chose – sans que soit vraiment, à mon sens du moins, désamorcé le terrible piège qu’il recèle. De quoi parle-t-on au juste? A la clarification exigeante du terme « communisme » tient l’issue du débat et donc l’avenir du combat. C’est par elle qu’il est impératif de commencer. La deuxième raison est que, si on veut bien la con
sidérer avec attention, l’alternative ci-dessus formulée – « il faut renoncer au communisme », « il faut garder le parti communiste » – n’épuise qu’en apparence les réponses pensables, pour la simple raison que sont en jeu deux termes et non un seul :« communisme » et « parti ». Je suis quant à moi irréversiblement attaché à une troisième manière de répondre qui me paraît occultée sans raison connue : il faut absolument conserver communisme et radicalement dépasser parti.SUITE DU TEXTE
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